Salles de ciné :

la transition écologique

donne des sueurs froides aux exploitants

 

 Carla Monaco / Télérama - Publié le 04/08/22

 

Énormes consommateurs d’énergie, les cinémas ont fait l’objet d’une étude du CNC sur leur bilan carbone. Les exploitants, volontaires mais fragilisés par une fréquentation en berne depuis la crise sanitaire, se voient confrontés au casse-tête des financements.

 

Essoufflée après sa course à vélo, Anne Faucon revient tout juste du chantier. Son cinéma va enfin voir le jour, d’ici l’automne, à Pont-Sainte-Marie (Aube). Un bâtiment à part : le premier cinéma français écoresponsable à énergie positive, construit avec des matériaux biosourcés, équipé de toilettes sèches… Mais le projet n’a pas été facile à mener. « On essaye de faire quelque chose de modèle mais on n’est pas plus aidés, si ce n’est moins. On s’est retrouvés avec des blocages à pleurer. » La cofondatrice du réseau art et essai Utopia déplore le manque de soutien du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) et de certains élus locaux, qu’elle pense plus favorables au multiplexe CGR du centre-ville de Troyes.

 

Un récit à des années-lumière des objectifs affichés par le CNC depuis un an. Avec le plan Action !, lancé en juin 2021, l’institution s’emparait d’une question cruciale : la transition écologique du secteur cinématographique. Un an après, sort un premier audit sur le bilan carbone des salles de cinéma. Fondée sur un panel de quatorze établissements représentatifs, l’évaluation chiffrée démontre que le chauffage, la ventilation et la climatisation (CVC), suivis des projecteurs, sont les postes les plus énergivores. L’audit se conclut par des pistes d’amélioration selon les caractéristiques des salles.

 

Un coup de pied dans la fourmilière”

La plupart des exploitants contactés par Télérama voient d’un bon œil l’initiative du CNC. « C’est un coup de pied dans la fourmilière, nous avertissant qu’il faut faire gaffe à tous les niveaux », se réjouit ainsi Jean-Sylvain Minssen, directeur du Sémaphore, à Nîmes, qui « douille » lorsqu’il reçoit ses factures d’électricité. Auditionnée pour l’étude, Marie-Christine Désandré, directrice du cinéma Le Loft, à Châtellerault, abonde : « Il était temps de faire un état des lieux qui lance le départ dans l’exploitation. Il faut agir, passer à l’action », estime l’exploitante, très sensible aux questions d’écologie. Si tous y voient un sujet essentiel, certains s’interrogent sur les visées de l’audit. Matthias Chouquer, de L’Eldorado, à Dijon, redoute de simples effets de communication « qui viseraient à donner rapidement des labels verts à des lieux de diffusion sur des critères un peu légers ».

 

Passer à l’action, oui, mais comment ? Quels sont, à terme, les objectifs du CNC pour les cinémas ? Envisage-t-il de mettre en place des contraintes ? « Il ne nous a pas semblé nécessaire de venir ajouter des contraintes supplémentaires, puisque les salles sont déjà concernées par des obligations fixées par l’État », nous répond Lionel Bertinet, directeur adjoint du département cinéma du CNC. En effet, une obligation réglementaire issue de la loi Élan de 2018 vise à l’amélioration énergétique des bâtiments tertiaires sur des échéances resserrées. D’ici à 2030, ils devront réduire leur consommation de 40 %, puis de 50 % en 2040 et de 60 % dix ans après. Dans le secteur de l’exploitation, seuls les cinémas de plus de 1 000 mètres carrés sont concernés, soit environ la moitié du parc français.

 

Un coût exorbitant !”

Plus facile à dire qu’à faire. Beaucoup d’exploitations installées en centre-ville, en particulier les salles art et essai, se trouvent dans de vieux bâtiments énergivores, parfois difficiles à aménager. À Orléans, Michel Ferry sait que son cinéma aurait besoin d’améliorations, surtout en matière d’isolation thermique. Mais décider de faire des travaux n’est pas si simple. « Personne ne veut fermer pour les faire, parce que nous sommes dans des situations concurrentielles très compliquées. En plus, je suis locataire du bâtiment, il faudrait donc convaincre le propriétaire, puis tout prendre à ma charge contre une exonération de loyer », énumère le directeur des Carmes, dont le bâtiment date des années 1950.

 

La tâche se complique encore lorsque les établissements ont une valeur patrimoniale, à l’instar de nombreux cinémas du réseau Utopia. Avec des murs en pierre épais de 80 centimètres, celui d’Avignon, implanté dans l’ancienne manutention d’armes du palais des Papes, n’a pas de souci à se faire côté isolation. À l’évocation d’autres travaux, Sophie Zamichiei précise : « La destination première de nos bâtiments n’est pas le cinéma. Du coup, on ne peut pas péter les murs pour installer un nouveau truc. On fait avec l’existant. »

 

S’ajoute à ces préoccupations la question du financement. Considérablement fragilisées depuis deux ans, entre crise sanitaire et baisse alarmante de la fréquentation, la plupart des salles n’ont tout simplement plus de moyens, notamment lorsqu’il s’agit de changer les projecteurs. Depuis une dizaine d’années et le passage au numérique, les cinémas sont équipés de projecteurs à xénon, un gaz polluant, nécessitant des pièces climatisées. De plus, ils requièrent des changements réguliers de pièces coûteuses. L’audit du CNC recommande de les remplacer par des projecteurs laser, plus économes en énergie et plus durables. « Un coût exorbitant ! s’exclame Jean-Sylvain Minssen. Si le CNC prévoyait un système d’aides pour passer au laser, comme il a aidé les salles de cinéma il y a dix ans pour la transition numérique, on sauterait sur l’occasion. » Au cinéma Le Loft, qui a vu ses revenus baisser de moitié en 2021, Marie-Christine Désandré n’a pu changer qu’un seul projecteur sur les sept dont elle dispose. « On va avoir besoin que des accompagnements financiers soient mis en place par le CNC. Nous n’avons plus la même capacité d’emprunt auprès des banques. »

 

Pourtant, ce déploiement financier n’est pas à l’ordre du jour. « Malheureusement, nous n’avons plus les moyens budgétaires qui permettraient de débloquer un plan d’aides comme celui de 2010 », regrette Lionel Bertinet. Dès lors, comment les cinémas peuvent-ils investir dans leur propre transition écologique ? Le CNC planche actuellement sur cette question et prévoit de rendre ses aides sélectives (soumises à l’examen d’un dossier par un comité), éligibles aux dépenses liées à des économies d’énergie pour les petites et moyennes exploitations. Il renvoie également aux financements des collectivités territoriales, « quasi systématiques » selon lui.

 

Les aléas des aides

Municipalités, communautés de communes, métropoles, départements, régions… Tous les échelons locaux ont la possibilité d’accompagner les salles. Pour sa part, le cinéma Le Bretagne, un mono-écran associatif situé au cœur de Saint-Renan (Finistère), peut se féliciter de la bonne volonté des pouvoirs locaux. « Notre salle est en travaux. On va bientôt avoir une VMC à ventilation double flux et d’autres éléments qui vont nous permettre de devenir une salle écoresponsable », se réjouit son programmateur, Maxime Iffour. La mairie prend en charge les travaux, aidée par divers financements dont les plus importants viennent de la région Bretagne et de l’État, à travers la dotation d’équipement des territoires ruraux (DETR). Mais toutes les collectivités locales ne sont pas aussi volontaires sur ces questions. À Pont-Sainte-Marie, Anne Faucon attend toujours une réponse de la Région Grand Est, plus de deux ans après le lancement de son projet de cinéma écoresponsable. « J’ai donc fait appel au crowdfunding et à l’Europe, via le Fonds européen de développement régional (Feder) », explique-t-elle.

 

Sachant que toutes ces aides nécessitent l’élaboration de dossiers étayés et un apport de fonds propres, certains exploitants baissent les bras. « On aimerait vraiment réfléchir à un bâtiment qui consomme moins d’énergie et faire une demande d’aide au CNC, mais ça nécessite énormément d’études et donc des coûts importants », déplore Matthias Chouquer, à Dijon. En attendant, les cinémas contribuent d’eux-mêmes aux économies d’énergie à travers des gestes quotidiens. À Nîmes et Avignon, on baisse la clim et on aère. À Châtellerault, la mise en route du CVC est réglée au quotidien en fonction des températures extérieures. Le CNC soutient que les salles connaîtront des retours sur investissement intéressants en finançant leur transition écologique. « Ce sera pour l’équipe suivante, pas sûr que je sois encore aux commandes ! » plaisante à moitié Matthias Chouquer. Son compte est à sec.

BOB RAFELSON

(21/02/1933 – 23/07/2022)

Réalisateur, scénariste et producteur

Box-office : “Thor : Love and Thunder”

en tête d’une fréquentation morose mais cinéphile

 

Bertrand Lott / Télérama - Publié le 02/08/22

 

Dans un contexte maussade pour les salles de cinéma, la dernière production Marvel caracole toujours en haut de l’affiche mais quelques très bons films d’auteur comme “La Nuit du 12”, “As bestas” ou “Decision to Leave” arrivent à trouver leur public.

 

La fréquentation des cinémas français fut très molle en cette fin juillet avec seulement 1,65 million d’entrées lors du dernier week-end. C’est un niveau bien sûr largement inférieur à ceux enregistrés avant la crise sanitaire. Mais c’est également un peu en dessous de celui de l’année dernière, où les salles obscures subissaient pourtant des restrictions importantes avec l’obligation du passe sanitaire ou la jauge de 49 spectateurs maximum. Si cette baisse d’activité n’est malheureusement qu’une confirmation, l’explication tient aussi à l’absence d’un nouveau film au large potentiel commercial depuis Thor : Love and Thunder, mi-juillet.

 

La production Marvel est d’ailleurs toujours en tête du classement de la période, avec 306 000 entrées lors de son troisième week-end, et vient de dépasser les 2 millions de spectateurs depuis le début de sa carrière. Elle devance Krypto et les super-animaux, qui n’est parvenu à rallier que 262 000 jeunes amateurs lors de ses cinq premiers jours d’exploitation malgré une diffusion dans 594 salles. À titre de comparaison, les super-animaux de l’univers DC Comics ont fait un démarrage nettement inférieur à celui d’autres films d’animation américains récents comme Les Minions 2 (1,14 million d’entrées) ou Buzz l’Éclair (428 000 entrées).

 

Bon score pour les films d’auteur

 

Cette morosité globale n’empêche pas certains films de très bien se maintenir. Top Gun : Maverick, grâce à un niveau de fréquentation stable en dixième semaine, file plus que jamais vers les 6 millions d’entrées ! C’est aussi le cas de plusieurs films d’auteur, au premier rang desquels le polar de Dominik Moll La Nuit du 12, qui lui non plus ne perd plus d’entrées en troisième semaine. Avec plus de 220 000 spectateurs, c’est d’ores et déjà le troisième plus gros succès de la carrière du réalisateur avec encore de très belles perspectives dans les semaines à venir. Le bouche-à-oreille s’avère aussi excellent pour As bestas, de Rodrigo Soroyen (plus de 110 000 entrées en douze jours), et se confirme pour Decision to Leave, de Park Chan-wook (plus de 250 000 entrées à la fin de son cinquième week-end). L’un et l’autre sont bien partis pour devenir les meilleurs scores en France des deux cinéastes. Si le grand public boude les salles obscures, les cinéphiles sont, au contraire, bien présents.

 

Arrestation de Jafar Panahi : le cinéaste dissident iranien va purger une peine de six ans

 

Caroline Besse / Télérama - Publié le 20/07/22

 

Jusqu’alors en liberté conditionnelle, le réalisateur condamné en 2010 pour “propagande contre le régime” a été incarcéré à la prison d’Evin, à Téhéran. Son arrestation suit celles de ses confrères Mohammad Rasoulof et Mostafa Al-Ahmad, interpellés le 8 juillet au motif de leur activisme “anti-révolutionnaire”.

 

Les arrestations se sont multipliées en Iran ces derniers temps, en particulier dans le milieu du cinéma. Parmi elles, celle du réalisateur dissident Jafar Panahi, interpellé la semaine dernière, lundi 11 juillet, à Téhéran, alors qu’il s’était rendu devant la prison où sont incarcérés ses deux collègues Mohammad Rasoulof et Mostafa Al-Ahmad.

 

Ce mardi 19 juillet, le porte-parole de la justice, Massoud Sétayechi, a annoncé lors d’une conférence de presse que l’opposant au régime avait été emprisonné pour purger une peine de six ans. Le réalisateur, ex-assistant de Kiarostami, est aujourd’hui âgé de 62 ans. Lion d’or à Venise en 2000 pour Le Cercle, Ours d’or à Berlin en 2015 pour Taxi Téhéran et Prix du scénario à Cannes en 2018 pour Trois Visages, il avait été condamné en 2010 pour « propagande contre le régime ».

Outre les six ans de détention, il avait également interdiction de réaliser ou d’écrire des films pendant vingt ans, mais aussi de voyager ou même de s’exprimer dans les médias. Il continuait pourtant, malgré les menaces, à travailler dans son pays. Jafar Panahi était placé, jusque-là, en liberté conditionnelle, mais son arrestation par le parquet de Téhéran, le 11 juillet 2022, l’a mené à la tristement célèbre prison d’Evin.

 

L’arrestation de Jafar Panahi a suivi celles de ses confrères Mohammad Rasoulof et Mostafa Al-Ahmad, interpellés à leur domicile vendredi 8 juillet au motif de leur activisme « anti-révolutionnaire ». Ces dernières années, Panahi et Rasoulof ont été particulièrement visés par les autorités iraniennes, et recevaient le soutien de nombreuses institutions cinématographiques, dont le Festival de Cannes ou la Mostra de Venise.

 

Contestation grandissante

 

Le 23 mai dernier, l’effondrement d’un immeuble, dans le sud-ouest du pays, a causé la mort de quarante-trois personnes. Le propriétaire de la tour, Hossein Abdolbaghi, un proche du pouvoir, avait réussi à contourner les normes de sécurité lors de la construction… Après le drame, des milliers de personnes sont alors descendues dans la rue pour manifester leur colère, dénonçant la corruption qui gangrène le pays et la piètre gestion des autorités. Un rassemblement sévèrement réprimé. Les trois réalisateurs arrêtés s’étaient alors exprimés publiquement dans une lettre ouverte publiée sur les réseaux sociaux, aux côtés d’autres artistes, pour dénoncer la répression. Dans cette lettre, ils demandaient aux autorités de « déposer leurs armes », expression largement reprise à travers un hashtag en persan, comme le rappelle Le Monde.

 

En soutien à Rasoulof, Panahi et Al-Ahmad, un groupe de cinéastes iraniens indépendants a lancé une pétition sur Change.org, signée par plus de deux mille personnes. Parmi les signataires, le réalisateur à la carrière internationale Asghar Farhadi (Une séparation, Un héros). Face à la contestation grandissante du peuple contre la cherté de la vie, les autorités iraniennes choisissent de faire pression sur le milieu du cinéma, souvent engagé en opposition au pouvoir.

 

DANI

(01/10/1944 – 18/07/2022)

Mannequin, chanteuse et actrice

POULET FRITES

de Jean Libon & Yves Hinant

Striptease n’est pas mort ! Pour son retour un polar noir.

Un vrai meurtre et la pièce à conviction ? Une frite !

Dix ans après la fin de l’émission culte qui mêlait avec génie journalisme et voyeurisme, deux anciens de Strip-Tease reviennent avec un nouveau documentaire,

qui sortira au cinéma le 28 septembre prochain.

  JAMES CAAN

(26/03/1940 - 06/07/2022)

Acteur

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 Le box-office européen en crise :

“L’idée même d’aller voir un film en salle disparaît”

 

Hélène Marzolf / Télérama - Publié le 23/06/22

 

Les salles européennes ont enregistré 6,2 milliards d’euros de pertes en 2020 et 11,3 milliards l’année suivante. L’épidémie de Covid et ses restrictions sanitaires sont passées par là, certes. Mais le mal semble plus profond.

 

Le constat a tout d’un mauvais film. Lors de sa réunion annuelle à Barcelone, ce 21 juin, l’Unic (Union internationale des cinémas), regroupant les exploitants de trente-neuf pays européens, a dévoilé les chiffres d’une véritable hémorragie. En 2020, la crise du Covid-19 a conduit à une perte de résultats au box-office de 6,2 milliards d’euros, et de 11,3 milliards d’euros en 2021. Les entrées ont beau repartir à la hausse dans la plupart des pays (+ 34,2 % en 2021 par rapport à l’année précédente), elles restent inférieures de plus de 70 % par rapport à 2019 et, en comptant d’autres sources de revenus (publicité, événements privés…), les pertes s’élèvent au total à 19 milliards d’euros en deux ans.

 

La faute, certes, à la pandémie, au stop and go de la fermeture et de la réouverture des cinémas, aux craintes sanitaires des spectateurs. Mais le mouvement est plus profond, dans un paysage chamboulé par la mainmise des plateformes, la mutation des usages. En France, où les salles totalisent 50,71 millions d’entrées depuis le début de l’année, soit 34,2 % de moins qu’en 2019, la plupart des jeunes ne se déplacent plus que pour les blockbusters, et le public art et essai tend à déserter les salles…

 

Face au marasme, les professionnels de l’Hexagone tirent la sonnette d’alarme. Le producteur Saïd Ben Saïd en appelle à des états généraux du cinéma et la SRF (Société des réalisateurs de films) se mobilise, organisant une Assemblée générale le 25 juin, pour débattre, de toute urgence, de l’avenir du secteur. « L’idée même d’aller voir un film en salle disparaît, s’alarme le cinéaste Pierre Salvadori sur les réseaux sociaux. Quiconque se revendique cinéaste doit vivre cela comme un drame et doit se battre parce que la salle est la seule garantie d’une œuvre libre et singulière. […] Nous vivons un moment décisif et tragique. Nous ne pouvons pas rester en retrait. » L’appel est lancé.